JoceLyne: corps et âme

01/09/2015 19:35

 

THEME ET PERSONNAGES

 

JoceLyne : corps & âme s’inspire d’un thème philosophique cher à Platon : la question de la supériorité de l’âme sur le corps.

Jocelyne : corps & âme est un dialogue entre Joce et Lyne, représentant la dualité de l’âme et du corps d’une jeune fille se prénommant Jocelyne. Entre tension et harmonie, ces deux parties de Jocelyne, respectivement incarnées par la musique et la danse, finiront-elles par s’entendre ?

Ou le corps exaspéré s’effacera-t-il devant l’âme ?

Ou bien Joce s’envolera-t-elle sans Lyne vers les contrées lointaines qu’elle semble tant regretter ?

Les personnages, nettement différenciés dans leurs personnalités propres, subiront chacun une évolution au fil du spectacle.

Joce, l’âme, est entièrement platonicienne.

Elle expose discrètement dans son texte la théorie du Monde des Idées et base sa connaissance sur la réminiscence. Le monde ne la surprend pas, elle en déjà eu vaguement l’intuition. Elle est dans les premières scènes introvertie, mystique même, elle réfléchit plus qu’elle ne parle, se méfie de tout ce qui est matériel, tout en étant d’une grande élégance. Elle se comporte comme si le monde lui appartenait, ou était à ses pieds, et en même temps il l’ennuie parce qu’il ne lui réserve plus aucune surprise ; elle rêve d’un autre lieu et cherche à cacher l’amusement que lui procure la chair de peur de déchoir… Au lieu de profiter de ce qu’elle sait déjà, elle se perd en considération sur ce qui est digne d’elle ou non.

Lyne, la chair, est plus enfantine et extravertie.

Elle découvre le monde en utilisant ses cinq sens en bonne empiriste, basant ainsi son savoir sur son expérience et non sur des souvenirs comme le fait Joce. Si elle est coquette et assez élégante, elle l’est plus superficiellement que l’âme, n’hésitant pas à se ridiculiser et à être grandiloquente par moments. Elle se tourne elle-même en dérision tout en se moquant de sa partenaire, qu’elle assaille de taquineries. Sous ses dehors insouciants elle dissimule soigneusement ses terreurs métaphysiques dont elle ne parle jamais à Joce, la sachant, malgré ses réticences, immortelle et par conséquent incapable de les comprendre et de les partager.

 

TEXTE, MUSIQUE ET DANSE

 

La vivacité du texte est au service de la profondeur du sujet. Elle nous permet de l’appréhender d’une distance privilégiée, d’un point de vue moderne et enjoué, n’excluant pas une véritable poésie sous-jacente.

Dans le texte original de Jehanne Baraston s’inscrivent des extraits de Procès en séparation de l’âme et du corps de Pedro Calderon de la Barca (1600-1681)[1].

A plus de cinq siècles de distance, deux lectures de Platon, si lointaines et pourtant si proches, tissent la trame du spectacle, au fil des musiques et des chorégraphies.

Ces dernières ont été choisies et construites autour du travail sur le plateau, dans une dynamique d’incorporation au texte dépassant la simple illustration sonore ou visuelle.



[1] Pedro Calderon de La Barca est un des plus grands poètes et dramaturges de l’Espagne du Siècle d’Or. Il se consacre à la poésie à partir de 1620. Son talent est récompensé par de nombreux prix. Ses premières œuvres théâtrales sont elles aussi vivement applaudies, notamment ses comédies de cape et d'épée telles que La "Dame Fantôme" (1629 puis 1636) et "Le Prince Constant" (1629). "La Vie est un songe", sa pièce la plus connue écrite en 1635, est aussi la plus célèbre du répertoire espagnol. En 1651, Calderon est ordonné prêtre, et se lance dans le théâtre de cour, avec des œuvres romanesques et des pièces sacramentelles.
Extraordinairement prolifique, auteur de plus de deux cents textes dramatiques, Calderon a beaucoup inspiré ses contemporains et successeurs.